La New City Gas Company

Quand la culture investit des murs industriels pour dessiner un avenir au patrimoine : un symbole de la prise de conscience collective du patrimoine de Griffintown ? 

À quelques minutes du centre ville se situe la New City Gas, un complexe de six bâtiments de briques rouges, caractéristique de l’apogée industrielle que connut autrefois Montréal. « Lieu de naissance de la révolution de la lumière », selon les propos de Dinu Bumbaru, cette ancienne usine à gaz, reconvertie pour une partie à des fins évènementielles, est devenue aujourd’hui une icône du quartier industriel de Griffintown.

Nourrie par des étapes plurielles et successives, la vie de ce complexe s’apprivoise progressivement, autant lorsqu’il s’agit de sa construction architecturale que de son appropriation. Ainsi, s’il fut construit au milieu du 19ème siècle, ce n’est pas moins d’une centaine d’années qu’il a fallut pour forger son identité actuelle.

Ce complexe industriel invite donc à des réflexions mêlant conscience citoyenne, combats patrimoniaux, menaces et reconnaissance tardive. Il révèle notamment que les intentions d’un promoteur ne sont pas toujours en contradiction avec celles des professionnels en patrimoine et des citoyens.

La New City Gas Co serait-elle donc un emblème du nouveau visage que souhaite dessiner l’arrondissement du Sud-Ouest ? 

À travers cet article, nous tenterons d’éclairer l’évolution de ce complexe industriel, dans l’attente de le découvrir (ou de le redécouvrir) avec vous lors du festival Vivre le patrimoine ! qui se déroulera entre ses murs pour une grande partie de sa programmation !

Son histoire 

Construit pour l’essentiel par l’architecte montréalais John Ostell entre 1859 et 1861, ce complexe est un des témoins de la première période industrielle de Montréal. Il servait en effet à fournir l’éclairage public dans les ruelles de la ville et dans les espaces intérieurs des lieux de travail. Passée sa période d’apogée, ce lieu se fit reflet de la désindustrialisation du quartier, à l’origine d’une rupture rapide et brutale. De fait, l’émergence de l’électricité fut à l’origine de la fermeture de la New City Gas Co. En 1944, elle fut expropriée par la Commission hydorélectrique du Québec. S’en suivent des années d’incertitudes, laissant le lieu vacant ou employé à diverses fins industrielles sans réelle affectation propre. Dans ses dernières fonctions, le potentiel du complexe est réduit à la seule vocation d’entreposage. Heureusement, les années 2000 marquent un tournant : un promoteur se porte acquéreur et met la main à l’ouvrage pour faire revivre le lieu à son image. Un nouveau visage se dessine pour ce complexe industriel, dont une partie est réhabilitée grâce aux actions du secteur privé en collaboration avec le monde artistique. Ainsi, après avoir éclairé les rues montréalaises, le complexe tente de mettre les projecteurs sur la renaissance artistique et culturelle de Griffintown.

Sa valeur patrimoniale 

Si certaines parties du complexe ont disparu, il n’en demeure pas moins que celui-ci préserve une certaine intégrité, ayant conservé les traces de son évolution. Sa valeur patrimoniale repose donc sur :

Sa sauvegarde 

Après des années de désintérêt et d’oubli, un débat sur le devenir du complexe émerge au début du 21ème siècle : l’annonce d’un développement autoroutier par la ville qui souhaite mettre en place un corridor intense de transport en commun réveille les consciences ! Les mobilisations se multiplient, et plusieurs acteurs s’engagent dans cette lutte pour la conservation de ce patrimoine industriel, comme par exemple l’organisme Héritage Montréal, qui ajoute en 2009 la New City Gas Co à sa liste des sites emblématiques menacés. Après une consultation publique en 2010 qui porte les voix citoyennes, le complexe est réhabilité en 2012 grâce à l’arrivée du fameux promoteur privé dont les intérêts font échos aux attentes du plus grand nombre.

Le projet reflète les ambitions de la revitalisation du quartier de Griffintown : proposer par la culture, un ancrage identitaire à une communauté et un renouveau au secteur. De nouvelles affectations se dessinent donc, mêlant résidences artistiques et fonctions évènementielles, avec pour ligne directrice un travail sur l’éclairage public (projections, terrasse extérieurs, interventions artistiques multiples) en écho à l’ancienne fonction du complexe.

Son visage actuel

« Du chic urbain sur fond d’architecture industrielle, […] une bonne façon de décrire le décor de la New City Gas» ; « En réaménageant les lieux, on a pris soin de conserver l’âme du vieux bâtiment […]. C’est à la fois très raffiné et très brut ». Voici ce que nous pouvons aujourd’hui lire sur l’atmosphère du complexe après sa réhabilitation partielle. Plusieurs questions peuvent alors être posées :

  • Que reste-t-il de cette « expérience spatiale particulièrement riche en raison de la succession d’espaces variés aux ambiances uniques » que soulève l’énoncé patrimonial ? Au-delà des évènements ponctuels offerts dans un des bâtiments du complexe, le visiteur est-il amené à prendre conscience des espaces?
  • L’utilisation de l’éclairage public comme concept de mise en valeur permet-il vraiment la mise en la valeur de l’intérêt documentaire et historique du complexe ?
  • Les fonctions culturelles portées essentiellement sur le loisir et la distraction (…) constituent-elles des usages appropriables et appropriés au lieu ? Comment l’avis des citoyens est-il considéré dans ce nouveau programme ?

Alors, réhabilitation partielle évocatrice ou façadisme ? Mise en valeur ou césure ? Appropriation ou élitisme ? Qu’en pensez-vous ? On vous attend avec impatience le 21 Août pour entendre votre opinion sur le sujet !

Pour approfondir :

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