FESTIVAL VIVRE LE PATRIMOINE 2016: UNE NOUVELLE ÉDITION RASSEMBLEUSE ET ENGAGÉE

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Photo : FLAMME

Lancement, le 18 août 2016 : sous couvert d’enjeux sensibles, une soirée empreinte de légèreté

Inauguration dans un contexte incertain

Il y a un peu plus d’une semaine déjà, le festival Vivre le patrimoine s’ouvrait. Excitation et fébrilité étaient palpables au sein de notre comité à quelques minutes du lancement, la tenue de la deuxième édition d’un tel événement faisant toujours naître chez les participants une attente plus grande comparativement à une première édition. Des enjeux inattendus dévoilés publiquement au cours des dernières semaines ont par ailleurs ajouté quelques inquiétudes dans les derniers préparatifs : le matin même du jour J, un nouvel article avait paru dans les journaux, annonçant l’éviction prochaine d’un de nos quatre partenaires associés aux lieux phares du festival. Cela amenait alors à trois le nombre de sites du festival faisant face à une négation de ses activités. Notre événement, annoncé au printemps sous le thème des Nouvelles avenues du patrimoine, s’apparentait ainsi de plus en plus à un festival des Laissés pour compte du patrimoine. Pourtant, nul souhait de notre part de prendre partie ni d’accuser, notre mission étant et demeurant celle de susciter échanges, dialogues et réflexions, en vue de faire avancer la conservation de notre héritage culturel dans l’entente et la collaboration. Ce contexte médiatique nous mettait alors au défi de concilier nos objectifs de rassemblement et de discussions avec les attentes d’écoute et de soutien de nos trois laissés pour compte : Kabane77 (regroupement citoyen) , La Passe (collectif) associée à la Médiathèque Gaétan Dostie (OBNL) et Les Forges de Montréal (OBNL). Mais le temps n’était plus à la planification; les premiers participants nous attendaient déjà alors que nous rejoignions en vélo (ou en voiture pour les plus téméraires) le premier site des festivités : la Kabane77. Nous nous apprêtions à savourer le fruit  de plusieurs mois de travail !

Place aux festivités patrimoniales

Avec la tombée du jour, la soirée a été inaugurée, voyant grossir une foule de près de 100 personnes au pied de l’ancien entrepôt industriel rebaptisé Kabane77, situé au 77 rue Bernard Est. Représentants de la relève ou acteurs de longue date, simples curieux ou fervents défenseurs du patrimoine, les visages et les sourires se mêlaient et se répondaient. Contexte de pré-rentré oblige, on s’enquérait dans un premier temps des vacances des uns et des autres avant de poursuivre les discussions sur les nouvelles avenues du patrimoine.  Trois conférenciers invités à introduire d’un point de vue personnel les trois volets du festival ont alors pris la parole : Joannes Burges, directrice du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal et professeure au département d’histoire de l’UQAM, pour le volet du patrimoine à l’heure du numérique; Georges Drolet, historien de l’architecture et architecte chez EVOQ, pour le volet des intérieurs patrimoniaux; Martin Thivierge, directeur général du Conseil des Métiers d’art du Québec, pour le volet du patrimoine intangible. L’occasion pour nous de retenir quelques premières questions et problématiques qui furent reprises et enrichit les deux jours suivants.

Les présentations se sont poursuivies avec l’intervention de l’un des membres du collectif citoyen de Kabane77, premier des trois acteurs de sites phares du festival à être menacé. Kabane77 constitue un regroupement d’artistes et d’artisans du film et des média analogiques, désireux de redonner à l’usage de la communauté l’ancien entrepôt, en misant sur un projet de réhabilitation en ateliers de production et de diffusion filmique. La Ville de Montréal, propriétaire de l’édifice en question, s’oppose cependant pour l’heure à cette utilisation à des fins culturelles et communautaires. Le témoignage du collectif, emprunt d’engagement, a pu alors amener à questionner le frein imposé par la Ville, considérant par ailleurs l’intention de celle-ci d’y aménager une cour de voirie… L’ambiance n’était néanmoins pas à la polémique : les guirlandes de noël recyclés pour l’occasion baignaient le site d’une lumière douce; les notes des guitares acoustiques s’élevaient et se perdaient entre les rires, les conservations et les bruits réguliers du train; les bouchées et les boissons fraîches se dégustaient de toutes parts. Depuis la rue, on pouvait observer une nouvelle place publique prendre vie et s’animer, jusque tard dans la soirée. Le festival Vivre le patrimoine était bel et bien lancé !

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Photo : Mardjane Amin

Volet numérique, le 19 août 2016 : de l’apport du virtuel dans la connaissance et la mise en valeur du tangible

Découverte d’une collection bien gardée

Dès le lendemain matin, les activités ont repris, assorties de viennoiseries et de café pour combattre les esprits encore endormis. L’arrivée sur le second site du festival a tôt fait cependant de faire s’évanouir tout brouillard matinal. En effet, en pénétrant dans le 1214 rue de la Montagne, qui accueillait ce matin là le volet numérique du festival, on découvrait l’intérieur d’une des plus anciennes maisons du Mile Carré Doré, abritant aujourd’hui la riche collection littéraire de la Médiathèque Gaëtan Dostie, ainsi que les activités culturelles du collectif « La Passe ».  Entre les murs tapissés de manuscrits, de versions originales de classiques littéraires québécois, de photographies et d’autres documents d’archives divers et variés, une dizaine de présentations a été donnée par divers initiateurs de projets mettant à profit le numérique dans la connaissance et la valorisation du patrimoine.

Le numérique au secours du patrimoine matériel menacé ?

Plateformes interactives, applications téléphoniques, outils de numérisation, etc, autant de moyens issus de technologies modernes aptes à prolonger les actions de conservation au-delà des sphères traditionnellement exploitées par la discipline ont ainsi été présentées à la cinquantaine de participants présents. La question de la numérisation du matériel documentaire trouvait alors écho au sein de la Médiathèque, étant donné le contexte. De fait, la Commission Scolaire de Montréal, propriétaire de cette édifice bourgeois jouxtant  l’ancienne académie Bourget, avait envoyé quelques semaines plus tôt  un avis d’éviction aux organismes présents dans l’édifice. La question du déménagement, du stockage et de l’exposition future des documents littéraires et archivistiques savamment mis en valeur dans cet intérieur se pose donc désormais. En l’absence de solutions plus adaptées, la numérisation permettrait au moins, dans ce cas-ci, de rendre accessible virtuellement ce riche patrimoine littéraire québécois.

Approfondir par l’expérimentation et la co-création

Les discussions et présentations ont ensuite laissé place à des ateliers d’expérimentation de différents outils numériques. Dans une des petites salles d’exposition offertes à une déambulation libre par le visiteur du lieu, Richard Lapointe a ainsi démontré les nombreuses et presques futuristes possibilités qu’offre la technologie des scanneurs en trois dimensions. Dans la salle de présentation, sous le plafond mouluré, Mélinda Wolstenholme d’Héritage Montréal était accompagnée de Cendra Percy et Philémon Gravel d’Entremise pour animer un atelier de co-création afin de réfléchir à la réutilisation des bâtiments patrimoniaux en danger et aux usages transitoires. Appropriation, apprentissage et pédagogie ont été les maîtres mots de cette première matinée de réflexions. Une fois de plus, la force citoyenne et non institutionnelle a également pu être constatée, défendue  avec verbe, par ceux qui contribuent actuellement à faire vivre le 1214 de la Montagne, entre autres. .

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Photo : Mardjane Amin

Volet intérieurs patrimoniaux, le 19 août 2016 : explorer le devenir d’un intérieur patrimonial riche

Pénétrer l’écrin d’un haut lieu du patrimoine

Après une pause dîner laissant chacun libre de pouvoir poursuivre ses réflexions à sa guise, les activités ont repris l’après-midi autour du volet portant sur les intérieurs patrimoniaux.  Introduit par une marche le long de la rue Saint-Jacques, ancienne Wall Street du Canada,  ce deuxième volet du festival nous a fait pénétrer dans un intérieur patrimonial et non des moindres : l’ancien siège de la Banque Royal de Montréal, situé au 360 rue Saint-Jacques. Son histoire et son architecture se sont alors révélées sous les yeux des quarante participants présents, tel un trésor enfermé dans son écrin.  En présence de Daniel-Jean Primeau, artisan platrier, nous avons d’ailleurs pu en apprendre davantage sur la restauration d’un élément décoratif intérieur tel que celui  du plafond du hall d’entrée. L’intervention de Henri Cleinge, architecte à l’origine de la réhabilitation d’une partie de l’espace en café et espace de co-working, a également permis d’apprécier la valeur de ce nouvel usage récemment implanté dans l’édifice patrimonial. Nouvel usage source d’optimisme pour la conservation du patrimoine, en démontrant d’une part la compatibilité des interventions contemporaines avec le maintien des éléments caractéristiques porteurs de la valeur du lieu; en donnant l’exemple d’autre part d’une initiative privée sensible et propice à la valorisation du patrimoine.

Des idées à retenir

Notre souhait d’impliquer activement les participants dans les réflexions sur les nouvelles avenues du patrimoine étant toujours de mise, ce volet s’est poursuivi avec un atelier d’idéation au cours duquel les festivaliers ont été invitées à imaginer l’avenir de l’une des alcôves de l’ancienne banque. Imagination et créativité opérant, plusieurs propositions inspirantes ont été énoncées  : espace d’interprétation de l’histoire des banques à Montréal, lieu de détente et de méditation, espace de transfert des connaissances reliés aux métiers d’art pouvant évoquer le transfert d’argent qu’on opérait par le passé au même endroit. Des idées qui seront peut-être reprises dans le futur de ce haut lieu du patrimoine montréalais, puisque l’avenir de quelques unes de ses sections reste encore à dessiner.

Ainsi s’achevait la première journée du festival, agrémentée de bouchées fines et jus naturels, annonçant un esprit de convivialité et de cohésion, ainsi qu’une passion partagée, qui allaient se confirmer le lendemain.

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Photo : Mélissa Mars

Volet patrimoine intangible, le 20 août 2016 : la question de la transmission des savoir-faire des métiers d’art et du bâtiment

La deuxième journée du festival se déroula quant à elle aux Forges de Montréal, troisième acteur de notre festival faisant face à une menace d’expulsion.

Patrimoine intangible menacé

L’OBNL Les Forges de Montréal avait choisi en 2000 d’implanter ses ateliers dans l’ancienne station de pompage de Riverside, en vue d’œuvrer à l’inventaire, la sauvegarde, la formation, et la transmission du patrimoine immatériel du forgeron et des métiers de la forge. Après 16 ans de restauration, d’entretien et de mise en valeur du bâtiment, leur occupation du bâtiment fait aujourd’hui face à l’intention d’éviction de la part de la Ville de Montréal, propriétaire de l’édifice. En plus de rapprocher ce cas de celui des deux autres observés plus tôt, sa précarité présente venait toucher les cordes sensibles de ce volet du festival, considérant l’action unique de cet organisme dans la transmission d’un savoir-faire en lui même menacé.

Expérimenter et comprendre les savoir-faire avant d’en parler

Plongés dans l’univers à part de ces ateliers, les festivaliers ont ainsi pris part en première partie de journée aux activités reliées au volet intangible et portant sur les savoir-faire des artisans. La question de la conservation des métiers d’art et d’architecture étant étroitement reliée à celle de leur apprentissage par la pratique et l’expérimentation, nous avions choisi de faire toucher la matière et d’en comprendre la transformation à travers des ateliers d’initiation, avant d’en parler autour d’un dîner-discussion. Trois ateliers furent ainsi proposés: forge, taille de pierre et construction en terre crue. Main à la pâte et compas dans l’œil, une quarantaine de personnes se sont ainsi faits apprentis le temps d’une matinée auprès de maîtres et artisans reconnus.

Des témoignages engagés

La parole fut par la suite donné à différents intervenants engagés dans la sauvegarde des métiers traditionnels. Les présentations, assorties d’un lunch de l’artisan, ont représenté alors autant de témoignages poignants et de cris d’alerte quant à l’avenir des métiers traditionnels. L’importance d’assurer la relève des artisans et d’œuvrer au renouvellement constant du dernier maillon d’une longue chaîne d’histoire et de pratiques ont notamment été soulignés. « Notre société doit se donner les moyens de préserver son patrimoine » a également souligné Lester Toupin, artisan fumiste et fondateur de l’entreprise ARTES. Une action dont une première étape consisterait en l’entretien des lieux abritant une valeur patrimoniale, et donc le soutien aux artisans aptes à oeuvrer en ce sens.

Appel à l’oeuvre commune

Conclue sur des appels à l’action et au rassemblement pour ajouter de nouvelles pierres à la structure précaire des artisans, ce dernier volet du festival aura finalement invité les acteurs en présence à la communion et la concertation pour garantir l’avenir des métiers traditionnels.

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Photo : Mélissa Mars

Clôture, le 20 août 2016: l’empreinte d’une action commune et la promesse renouvelée de notre engagement

Dévoilement d’une oeuvre collective  chargée de sens

La journée avançant, le temps fut venu d’annoncer la clôture du festival, à l’ombre des silos et de l’autoroute Bonaventure jouxtant le site des Forges de Montréal. Réunis en nombre autour de l’œuvre collective « Matière(s) à réflexion”, issue de la mise en commun des productions des trois ateliers d’initiation, nous célébrions alors la concrétisation de nos aspirations de rassemblement et de dialogue autour d’une cause commune. Marquant de l’empreinte de notre passage un site du patrimoine matériel et immatériel menacé, l’œuvre matérialisait dans le même temps le message renouvelé d’engagement d’une génération d’étudiants et de jeunes professionnels en patrimoine aspirant à diffuser auprès d’un public sans cesse plus large l’importance de la conservation de notre héritage culturel pour les générations actuelles et futures.

En route pour une 3ème édition !

Aux termes de cette seconde édition qui aura profondément nourri nos réflexions aux côtés de défenseur passionnés du patrimoine, nous ne pouvons que témoigner notre gratitude à tous ceux qui ont participé et contribué à la tenue de cette deuxième édition. Votre présence, votre soutien et votre élan à partager nos désirs d’action ont largement valu tous les efforts investis au cours des derniers mois, et nous vous annonçons dès à présent et avec enthousiasme, que le festival Vivre le patrimoine reviendra pour une 3ème édition, pour que soit mis au devant de la scène encore d’autres acteurs qui vivent et font vivre notre héritage culturel et contribuent à lui forger un avenir !


Le Comité Vivre le patrimoine