Pour la suite des métiers traditionnels de la construction

 

Crédit _ mardjane amin, 2016

Simon Thillou, artisan forgeron

Crédit : Mardjane Amin, 2016

Cris d’alarme pour les métiers traditionnels

En juin 2015, la Commission de la Construction du Québec lançait un appel à mémoire pour redéfinir les métiers dans l’industrie de la construction québécoise. Parmi les 84 rapports déposés, 22 ont abordé des problématiques étroitement reliées au statut des artisans et à leur implication dans la restauration et la protection du patrimoine bâti québécois.  On y soulignait notamment la rareté d’une main d’œuvre qualifiée, le manque d’accès et d’ouvrage pour les artisans spécialisés sur les chantiers de construction, ainsi que l’absence évidente de reconnaissance de leurs compétences [1]. À ces dénonciations a fait écho quelques mois plus tard, en mars 2016, un article paru dans La Presse, titrant « Métiers en péril », et annonçant plusieurs métiers traditionnels en « voie d’extinction »[2], tels que ceux de l’ornemaniste, du plâtier, du charpentier, du maçon ou encore du forgeron. Autant de professions pourtant indispensables à l’entretien et à la restauration du patrimoine bâti. Les négliger menacerait en effet dans le même temps l’existence des édifices, de leur enveloppe et de leurs intérieurs.

Une problématique qui ne date pas d’hier

Le devenir incertain des artisans au Québec semble donc plus que jamais d’actualité. S’agit-il cependant d’une réalité nouvelle ou d’un réveil soudain des consciences ? À creuser la question, la problématique ne daterait pas d’hier. Comme le souligne Yves Lacourcière, ingénieur ethnologue, « sans système de formation adapté depuis les années 50, le secteur [des métiers traditionnels de la construction] s’est appauvri »[3] : des quelques 100 000 qu’ils étaient dans les années 1920, on ne compte aujourd’hui plus qu’un millier d’artisans spécialisés. Les causes d’une telle disparition résident notamment dans l’avènement de nouveaux matériaux et de nouvelles façons de construire qui ont progressivement rendus obsolètes des techniques et des procédés de construction ancestraux. Pourtant, le besoin d’entretien de notre patrimoine bâti, dans les règles de l’art, demeure quant à lui bel et bien présent ! Rappelons en effet que la première menace qui pèse sur les bâtiments réside dans leur manque de soins qui y portent. Les savoir-faire des artisans oeuvrant en restauration s’avèrent dès lors essentiel à préserver et à transmettre.

 

La nécessité d’apprendre/d’expérimenter avant de savoir faire

À la fois connaissances intelligibles (le savoir), et performances sensibles (le faire), un savoir-faire s’incarne dans une multiplicité de gestes, d’attitudes, de réactions et de réflexes appris et/ou acquis instinctivement. Échappant dès lors à la préhension, voire à la compréhension, la pratique artisanale ne peut être préservée autrement que par l’acte performatif, expérimenté et éprouvé par l’apprenti; elle doit être l’objet d’essai-erreur, pour devenir essai-réussite et ainsi garantir son acquisition par la relève. Le moment de la formation de l’apprenti-artisan se révèle en cela essentiel, tout comme l’apprentissage qui lui sera donné par les maîtres de métiers. À cet égard, il convient de se questionner sur les offres d’apprentissage dispensées au Québec, leur nombre, leur nature, leur efficacité et leurs débouchés. La question trouve rapidement réponse, puisqu’on ne compte, à l’heure actuelle, qu’une seule formation de spécialisation : celle de briqueteur-maçon[4]. Une seule spécialisation et des centaines d’autres laissées de côté. L’offre reste presque entièrement à créer…

À l’horizon des métiers traditionnels, des éclaircies

Néanmoins, quelques initiatives de préservation voient le jour dans la province. D’autres, inspirées de modèles d’apprentissage ayant fait leur preuve à l’étranger, essaiment progressivement au Québec. Ensemble, elles contribuent à combler petit à petit  le manque existant et favorisent la perpétuation de plusieurs métiers traditionnels.

Le volet intangible du festival Vivre le Patrimoine ! accueillera quelques-uns des acteurs initiateurs de ces démarches inspirantes. Des artisans de la pierre, du bois, de la terre et du fer seront également présents pour vous transmettre une partie des savoirs liés à leur pratique et vous initier à la transformation de la matière. Rendez-vous le 20 août, de 10h à 13h30, aux Forges de Montréal ! Vous trouverez en ces lieux matière(s) à réflexion, et découvrirez des acteurs engagés pour la suite des métiers traditionnels de la construction.

 

 

Sources :

  • CHEVALLIER, D. Savoir-faire et pouvoir transmettre. Transmission et apprentissage des savoir-faire et des techniques, Paris, Édition de la Maison de l’Homme, 1991, 265 p.
  • COMMISSION DE LA CONSTRUCTION DU QUÉBEC, Rapport de la Consultation sur les métiers dans l’industrie de la construction au Québec (2015), septembre 2015, 29 p.
  • COUTURIER, F., « Métiers en péril », La Presse, 12 mars 2016, dossier maison, p.2.
  • PROVENCHER, N., « Québec aura son institut des métiers patrimoniaux du bâtiment », Le Soleil, 9 juin 2016.
  • TREMBLAY, O. « Alerte au patrimoine », Le Devoir, 9 janvier 2016. 
  • « Métiers traditionnels de la construction », site Internet : http://www.metierstraditionnelsconstruction.com/

 

[1] Commission de la Construction du Québec, Rapport de la Consultation sur les métiers dans l’industrie de la construction au Québec (2015), septembre 2015, p. 19.

[2] Fabienne Couturier, « Métiers en péril », La Presse, 12 mars 2016.

[3] Odile Tremblay, « Alerte au patrimoine », Le Devoir, 9 janvier 2016.

[4] Commission de la construction du Québec, ibid.